Quand la gestion de projet devient interculturelle
Pendant un mois, le Pays Basque est devenu un laboratoire d’innovation internationale.
Des étudiants chinois ont traversé les frontières pour participer au programme immersif “Become an Innovative Entrepreneur in the Basque Country and in France”.
Objectif : découvrir un nouvel écosystème entrepreneurial, comprendre d’autres dynamiques d’innovation, expérimenter une autre manière de concevoir et piloter un projet.
C’est dans ce cadre que j’ai animé plusieurs sessions consacrées au management de projet et à l’agilité, en anglais, auprès d’un public international, dans un contexte profondément interculturel.
Très vite, un constat s’est imposé :
les méthodes voyagent.
Les mots aussi.
Mais leur signification, elle, dépend toujours du regard culturel.

Deux visions du projet : problème ou défi ?
Premier enseignement majeur : la définition même du projet.
En Europe — et particulièrement en France — un projet est souvent pensé comme une réponse structurée à un problème identifié.
– On part d’un besoin, d’un dysfonctionnement, d’un manque
– On analyse
– On structure
– On construit une solution
Chez les étudiants chinois, la perception est différente.
Le projet est spontanément décrit comme un challenge, un défi collectif.
L’accent est mis sur :
la performance,
le dépassement,
l’expérimentation,
la réussite d’équipe.
Ces deux approches ne s’opposent pas.
Elles mobilisent simplement des leviers d’engagement différents.
Et c’est précisément dans cet écart que naît la richesse.
Agilité : méthode universelle, interprétations multiples
Les principes de l’agilité sont connus de part et d’autre :
- adaptation,
- itération,
- collaboration,
- capacité à ajuster rapidement.
Mais là encore, la lecture diffère.
Les échanges ont permis de montrer que l’agilité n’est pas qu’une méthode :
c’est une posture qui ici devient une posture culturelle.
Certains étudiants la voient avant tout comme un cadre structurant pour avancer vite.
D’autres y voient un espace de liberté et de créativité.
Ces discussions ont nourri une réflexion riche sur la manière dont les méthodes de gestion de projet doivent toujours être adaptées au contexte culturel, et jamais appliquées de façon mécanique.

Intelligence artificielle : outil ou partenaire ?
Autre point fascinant : la place de l’IA dans les projets.
En Europe, l’intelligence artificielle est majoritairement envisagée comme :
un outil,
un support décisionnel,
un levier de productivité.
Dans les discussions avec les étudiants chinois, l’IA est plus fréquemment décrite comme un acteur de collaboration. Presque un partenaire.
On ne se contente pas de l’utiliser.
On dialogue avec elle.
On co-construit.
Cette nuance ouvre une question stratégique :
👉 comment travaillera-t-on demain avec l’IA ?
Comme un simple outil… ou comme un acteur à part entière de nos projets ?
Enseigner le management de projet dans un cadre international
Ces sessions ont été l’occasion de mobiliser :
- des référentiels de gestion de projet classiques,
- des approches agiles,
- des outils opérationnels,
- mais aussi une forte capacité d’adaptation pédagogique.
Intervenir dans un tel contexte suppose de :
- ajuster les méthodes,
- reformuler sans simplifier à l’excès,
- faire dialoguer les cultures,
- créer un espace où chacun peut confronter ses représentations sans jugement.
C’est précisément dans ces moments que le management de projet devient un langage commun, au-delà des frontières.

Ce que je retiens de cette expérience
Cette intervention confirme une conviction forte :
les projets ne se pilotent pas uniquement avec des méthodes, mais avec une compréhension fine des contextes humains et culturels.
Travailler en anglais, avec des étudiants chinois, sur des concepts européens de gestion de projet, c’est :
- enrichir sa propre pratique,
- questionner ses évidences,
- affiner sa posture d’intervenante,
- et renforcer sa capacité à accompagner des collectifs multiculturels.
Conclusion
L’agilité, l’entrepreneuriat et la gestion de projet prennent une dimension nouvelle lorsqu’ils sont confrontés à d’autres grilles de lecture.
Les différences ne freinent pas l’apprentissage. Elles l’amplifient.
Piloter un projet aujourd’hui, c’est savoir :
écouter d’autres perspectives,
traduire sans trahir,
adapter sans renoncer,
et faire dialoguer les cultures pour créer de la valeur collective.




